Du 4 juin au 6 septembre 2026, la Villa Cavrois met en lumière le travail d'Hélène Henry.
Hélène Henry est une décoratrice française, née à Champagney (Haute-Saône) le 29 juillet 1891 et morte à Paris à l'hôpital Laënnec le 18 novembre 1965. Cette créatrice textile a marqué durablement les arts décoratifs des années 1920 à 1950.
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Biographie
L'atelier de la rue des Grands-Augustins est celui qu'elle établit en arrivant à Paris en 1923 ; lui succède un plus vaste qu'elle installe au 13 rue des Arquebusiers où les hauts métiers manuels produisent jusqu'en 1965.
Comme architecte d'intérieur, elle travaille, telle « Pénélope des années 30 », dans l'ombre de Francis Jourdain, Robert Mallet-Stevens, Pierre Chareau, René Herbst, Eugène Printz, Jeanne Blanche Klotz, Dominique ou Paul Dupré-Lafon en leur fournissant ses tentures et tapis, « de luxueuses étoffes à motifs inspirés de l'Afrique ou du cubisme, puis de plus en plus abstraits : pois, rayures, écossais… ».
Lors de la triennale de Milan en 1925, elle reçoit la médaille d'argent.
Elle est membre fondatrice de l'UAM et y côtoie ses collègues féminins Sonia Delaunay, Charlotte Perriand et Eileen Gray, entre autres.
En 1937, elle expose au Jeu de Paume puis assume la vice-présidente de la classe des tissus lors de l'exposition universelle de Paris.
Elle a participé aux expositions de groupe organisées par la Société des Femmes Artistes Modernes (FAM), créée en 1931 par Marie-Anne Camax-Zoegger. Elle est présente sur la liste des artistes de l'exposition de 1935 à la Galerie Bernheim-Jeune.
Source Wikipédia
L'exposition Hélène Henry – Au fil de la modernité
Hélène Henry, membre fondatrice de l'Union des artistes modernes (UAM) en 1929, aux côtés de Robert Mallet-Stevens, Francis Jourdain et René Herbst, a développé un langage textile unique, mêlant laine, coton et soie artificielle pour créer des tissus aux motifs géométriques d'une texture inimitable.
L'exposition réunit tissus, mobilier, archives et photographies, et permet de (re)découvrir le talent d'une artiste longtemps restée dans l'ombre des grands architectes de son temps dont Robert Mallet-Stevens, concepteur de la Villa Cavrois.
En partenariat avec :
Le musée d’Art et d’Industrie André Dilligent – La Piscine à Roubaix
Le musée La Piscine à Roubaix rassemble des collections beaux-arts, arts appliqués, design et conserve un fonds important de précieuses archives Hélène Henry qui a permis la réalisation de cette exposition notamment grâce à Karine Lacquemant, co-commissaire de l'exposition et conservatrice des collections art appliqué au musée roubaisien.
La galerie Jacques Lacoste
Depuis 1997, la galerie Jacques Lacoste se consacre à la redécouverte des arts décoratifs français du XXe siècle, avec une prédilection pour les créateurs modernistes de l'entre-deux-guerres, dont Robert Mallet-Stevens, architecte de la villa Cavrois.
La galerie Avant-Scène
Depuis 1986, la galerie Avant-Scène, place de l'Odéon à Paris, présente un mobilier contemporain d'artistes aux inspirations oniriques.
Et les collections privées de Michel Giraud et Henri Van Melle
Michel Giraud, galeriste installé rue de Seine à Paris depuis 1985, qui défend l'art déco français du XXe siècle (mobilier, céramiques, sculpture et peinture moderne) avec une attention particulière pour les artistes injustement oubliés.
Henri Van Melle, est le petit-fils d'Hélène Henry, il a déposé le fonds d'archives de l'artiste au musée La Piscine à Roubaix, rendant possible la redécouverte de son œuvre.
Introduction de Carine Guimbard
Inviter Hélène Henry à la Villa Cavrois, c’est entrer dans l'intimité des rencontres artistiques enivrantes des années 1930. C'est partager pour quelques mois les inspirations d'une époque où les idées, les conceptions, les ambiances colorées, les matières étaient une nourriture intellectuelle partagée.
C'est découvrir délicatement la création textile et les techniques de tissage associées, les matières, les couleurs, la densité et l'harmonie contenues en chaque pièce textile.
Se plonger visuellement dans ces étoffes usuelles, permet d'observer qu'elles ont été élaborées comme de véritables constructions artistiques, en partant de motifs géométriques identifiables jusqu'à l'utilisation de lignes et de compositions abstraites.
Cette présentation révèle le dialogue sensible entre l'architecte Robert Mallet Stevens et Hélène Henry, ces deux grandes figures de l'Union des artistes modernes, elle permet d'apporter un éclairage sur la manière dont les liens et les croisements dans les pratiques s'opéraient dès la fin des années 1920.
De l’un à l’autre, nous retrouvons dans l'hôtel particulier de Robert Mallet-Stevens, le textile à carreaux d'Hélène Henry et chez la créatrice du mobilier dessiné par l'architecte.
En déroulant le fil discret de la modernité, celui des échanges, des croisements, des discussions, nous découvrons le creuset de la nouveauté et l'élan vers la beauté d'une simplicité raffinée et exigeante.
Le point de vue de la commissaire de l'exposition
Karine Lacquemant
Dans le sillage des artisans du Werkbund, Hélène Henry a su suivre la voie de la modernité. Aux côtés de femmes artistes - Annie Albers qui développe des motifs abstraits dans l'atelier du Bauhaus ou Sonia Delaunay, pionnière dans l'orientation du textile vers une abstraction pure dès 1909-, Hélène Henry a contribué par ses tissages artisanaux à marquer durablement les arts décoratifs du XX® siècle. A travers une exposition réunissant textiles, mobilier et documents d'archives, la villa Cavrois met en lumière le parcours de cette artiste talentueuse, longtemps restée dans l'ombre des grands architectes et décorateurs de l'époque Art déco.
Née en 1861 à Champagney en Haute-Saône dans un milieu aisé – son père est ingénieur des mines – Hélène Henry manifeste très tôt un goût pour la peinture qui lui assure la maîtrise des coloris subtils. Engagée comme infirmière lors de la Première Guerre mondiale, elle fait la connaissance de son futur mari, le peintre Lucien Lantier (1879-1960).
Après le conflit, le couple s'installe à Paris et Hélène Henry se tourne vers l'apprentissage du textile. Elle débute sur un petit métier à navettes, étudie les techniques de tissage dans des traités anciens tout en suivant les conseils d'artisans expérimentés. Elle réalise d'abord des écharpes et des tuniques pour les couturiers Frederick Worth et Nicole Groult. Elle présente ses premières créations au décorateur Francis Jourdain qui l'encourage dans cette voie. Pour lui, elle tisse du linge de table très simple, inspiré et assorti à ses céramiques rustiques, vendues dans sa boutique rue de Sèze puis dans celle de Pierre Chareau rue du Cherche Midi.
En phase avec les principes du mobilier moderniste, son talent s'étend aux tissus d'ameublement dont elle approfondit les techniques de tissage: «Je rêvais d'étoffes dont la structure s'accorderait avec les grandes lignes simples tracées par nos constructeurs et dont la matière serait à la fois riche et substantielle. La soie naturelle ne pouvait atteindre cet effet et son prix de revient était d'ailleurs prohibitif pour des œuvres de grande envergure. J'ai pensé que la soie artificielle pourrait jouer, dans les tissus nouveaux, tels que je les concevais, un rôle important * ».
* Journal Courrier des États-Unis, 3 décembre 1933 p. 15.
Hélène Henry est l'une des premières à utiliser la soie artificielle, matière industrielle brevetée en 1892 et commercialisée dans les années 1920 sous le nom de rayonne ou viscose-fibrane, qu'elle mêle subtilement à la laine et au coton afin d'obtenir une texture
Forte de cette expérience, elle installe en 1923 un atelier de tissage au 7, rue des Grands-Augustins, dans un hôtel particulier doté d'une grande hauteur sous plafond, qu'elle quittera en 1937, l'année où Picasso y peindra Guernica. Aidée de deux assistantes d'origines basques, elle acquiert des métiers à tisser Jacquard *, l'atelier en comptera jusqu'à douze.
*Innovation majeure le métier Jacquard est un métier à tisser mécanique qui permet de produire plus rapidement des tissus à motifs grâce à un programme inscrit sur une carte perforée qui contrôle la position des fils. Il a été mis au point par l'ingénieur lyonnais Joseph Marie Jacquard en 1807.
Sous le nom d'Hélène Lantier, elle présente pour la première fois ses tissus aux dessins géométriques au Salon d'Automne en 1924, dont elle est sociétaire. Grâce à une parfaite maîtrise de ses outils, ses créations textiles gagnent en profondeur, en texture et en richesse plastique. Ses tissus souples et chatoyant s'adaptent aux décors intérieurs et à l'ameublement avec des sièges, tapis, rideaux, ou coussins.
Remarquée par la critique pour la qualité de ses textiles, les commandes affluent. Robert Mallet-Stevens fait appel à elle dès 1924 pour le chantier de la villa Noailles à Hyères ainsi que pour les tentures écossaises de son appartement parisien. Motif que le décorateur Pierre Chareau exploite pour une chambre de repos présentée au prestigieux Salon des artistes décorateurs la même année.
Cette rencontre s'avère décisive. Pour la grande Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes de 1925, Hélène Henry réalise sur le thème du Puzzle, des tentures en parfaite harmonie avec les lambris et le bureau en bois de palmier de Pierre Chareau pour une Ambassade française. En étroite collaboration avec Francis Jourdain, elle met également au point le modèle emblématique des Clous appelé aussi Les Pipes, motif particulièrement apprécié par Chareau. Pour ce dernier, à l'occasion de sa présentation au SAD en 1926, elle tisse, d'après une aquarelle du peintre Léopold Survage, le motif Mosaïque, décliné ton sur ton, aux formes imbriquées et à l'effet presque cinétique. Ces compositions complexes trouvent des prolongements dans les modèles Labyrinthe - inspirés d'un papier peint de Francis Jourdain -, Les Quartiers ou encore Martel, qu'elle élabore avec la complicité des grands noms de la décoration, les Frères Martel, mais aussi D.I.M, René Herbst, Paul Dupré-Lafon, Jules Leleu, Djo-Bourgeois, Dominique ou encore Lucie Holt le Son.
Auxiliaire indispensable, Hélène Henry déploie une vaste palette chromatique, où le jeu de la lumière et de la couleur transforme les intérieurs et ouvre sur de nouvelles manières d'habiter l'espace domestique. Si ses multiples réalisations sont inspirées par des décors géométriques répétés, jouant sur
En 1927, elle se remarie avec l'éditeur Joseph van Melle, proche de Francis Jourdain et ardent défenseur du mouvement moderne. Grâce à son soutien et à son influence, la presse commence alors à lui consacrer plusieurs articles monographiques, affirmant ainsi sa reconnaissance.
Hélène Henry compte parmi les membres fondateurs, en 1929, de l'Union des artistes modernes (UAM), aux côtés de René Herbst, Francis Jourdain, Robert Mallet-Stevens et Raymond Templier, mouvement dissident du Salon des artistes décorateurs (SAD), en rupture avec les arts décoratifs qui prônent luxe et matières nobles. Les premières réunions se tiennent dans son atelier et elle participe à l'ensemble des expositions du groupe jusqu'à sa dissolution en 1958. En collaboration avec les architectes de l'association, Hélène Henry met son savoir-faire au service de projets d'envergure, notamment pour le Palais du Maharadjah d'Indore, présenté lors du Salon des artistes décorateurs en 1937.
Elle répond également à de nombreuses commandes officielles, réalisant des textiles pour le prestigieux paquebot Normandie (1936), le siège de la Société des Nations à Genève (1933-1939), ou encore l'Exposition internationale des arts et techniques de 1937, où elle est vice-présidente de la classe des tissus. Cette même année, elle quitte son atelier des Grands-Augustins pour s'installer au 7, rue des Arquebusiers.
Après-guerre, Hélène Henry continue d'exposer au Salon des arts ménagers dans la section Formes Utiles. Cependant, la concurrence devient plus forte, notamment celle des textiles scandinaves de grande qualité ou ceux imprimés de Paule Marrot, en phase avec l'esthétique des années 1950. Son travail artisanal fait main trouve de moins en moins de clientèle et Hélène Henry, comme beaucoup de ses camarades de l'UAM, tombe progressivement dans l'oubli, avant de faire l'objet d'une exposition monographique à la villa Noailles en 2021.
Véritable magicienne des fils et des couleurs, Hélène Henry voit aujourd'hui ses créations entrer en résonance avec celles de Paul Cavrois, à la tête de l'entreprise roubaisienne Cavrois-Mahieu, reconnue pour l'excellence de ses tissus.



