Une vente de meubles à Drouot








Le catalogue


Un ensemble mobilier de la Villa Cavrois aux enchères raffinement et simplicité, l’art de vivre selon Mallet-Stevens

Vente le Vendredi 7 décembre à Drouot
Expert : Emmanuel Eyraud

Issue de l’une des plus grandes œuvres architecturales du XXe siècle en France, une partie du mobilier de la Villa Cavrois de Robert MALLET- STEVENS (1886-1945) sera présentée aux enchères, vendredi 7 décembre à Drouot par la maison Ader. 

Acquis en 1986 directement auprès des enfants Cavrois, l’ensemble qui réunit 16 pièces – une enfilade, une paire de fauteuils à oreilles, neuf chaises, une chaise de bureau, une lampe et une paire de valets – est estimé entre 110 000 et 170 000 €.

Trois œuvres architecturales ont marqué l’entre-deux-guerres. Aux côtés de la villa Savoye de Le Corbusier à Poissy et de la maison de verre de Pierre Chareau à Paris, figure la villa Cavrois, le « château moderne » de Robert Mallet-Stevens, construit à Croix.

Mallet-Stevens conçoit cette villa comme une « œuvre totale ». Il dessine le bâtiment, les décors intérieurs, le mobilier et le parc qui l’entoure et bâtit ainsi le plus bel exemple de sa pensée architecturale. Le dépouillement des volumes, l’absence d’ornement dans le décor, les dimensions des ouvertures, la multiplication des toits terrasses et la modernité des équipements en font l’un des chefs-d’œuvre architecturaux du XXe siècle.

Pour l’aménagement intérieur de la villa, Mallet-Stevens conjugue la simplicité avec le raffinement et le luxe avec la fonctionnalité. Il choisit la forme et les matériaux selon la fonction et le décor de chaque pièce. Dans un « bateau » en béton armé, les marbres de couleur côtoient le verre, l’acier, le métal et des essences variées de bois exotiques – chêne, zingana, acajou, iroko, poirier.


Dès le début de sa carrière, en 1907, Mallet-Stevens défend une vision moderne et rationnelle de l’architecture, à l’image des travaux de Joseph Hoffman et de la Sécession Viennoise. Dans les années 1920, il réalise des commandes pour l’industrie et le commerce et signe, en 1925, plusieurs pavillons présentés dans l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes, à Paris. C’est alors que Paul Cavrois, riche industriel textile du Nord de la France, découvre le travail de l’architecte et lui confie la construction de sa demeure familiale.

La villa Cavrois n’est pas la première commande d’architecture bourgeoise à laquelle répond Mallet-Stevens. Il avait notamment réalisé la villa de Paul Poiret (1922) et la villa du Comte de Noailles (1923-28).

Contrainte de quitter la villa en 1939 – elle devient pendant la guerre une caserne militaire allemande –, la famille Cavrois s’y installe à nouveau en 1947. Mallet-Stevens ayant disparu deux ans auparavant, Pierre Barbe (1900-2004) est chargé d’opérer quelques transformations dans la demeure.


Après le décès de Madame Cavrois en 1985, la villa est vendue et le mobilier dispersé. Laissée à l’abandon malgré son classement au titre des Monuments historiques en 1990, la bâtisse est acquise par l’État en 2001. Après une importante campagne de restauration, le monument retrouve sa grandeur et le public est invité, depuis 2015, à visiter l’édifice tel qu’il avait été imaginé par son concepteur. L’intérieur est progressivement remeublé afin de reconstituer l’atmosphère qui régnait dans cette demeure familiale depuis son inauguration, le 5 juillet 1932.

Une paire de tabourets dits « Villa Cavrois » sera également proposée dans cette vente. Les deux meubles en bois laqués ivoire en forme de U renversé étaient disposés dès 1932 dans les salles de bains de la demeure. Une galerie les acquit auprès des héritiers Cavroix (dixit) en 1986. Ils entrèrent ensuite dans une collection particulière parisienne.



La Voix du Nord a repris ces informations dans son édition de Roubaix du dimanche 4 novembre 2018




Quatre ans après avoir dépensé 232 500 euros chez Sotheby’s à New York, le Centre des monuments nationaux va-t-il poursuivre le rachat du mobilier de la villa Cavrois ? Une vente aux enchères   est organisée chez Drouot à Paris le 7 décembre. 

À la fin des années 1920, quand l’architecte Robert Mallet-Stevens entreprend la construction de la villa Cavrois, il ne dessine pas seulement les plans de cette maison hors-norme (1 840 m² habitables, 830 m 2 de terrasse, 60 mètres de façade), il conçoit aussi le mobilier original. Bien plus tard, en 1986, la villa est vendue. Les meubles sont dispersés chez les héritiers et cédés à des collectionneurs pour une bouchée de pain, à l’exception d’une table de cuisine.
Ce serait un plaisir de compléter le mobilier mais je ne sais pas encore de quel budget nous disposons. 

La villa connaît ensuite une longue agonie : désossée, pillée et laissée à l’abandon par son nouveau propriétaire – un riche industriel roubaisien qui rêvait de tout raser pour bâtir un immeuble – elle ne devra son salut qu’à l’État, via le Centre des monuments nationaux (CMN), qui la rachète en 2011 et investit 23 millions d’euros dans sa rénovation avant de l’ouvrir au public en 2015.
Après douze ans de travaux, le résultat est bluffant mais le monument historique souffre de l’absence de ses meubles. Ironie de l’histoire, la cote de Robert Mallet-Stevens a décuplé dans les années 2000 et le mobilier dont il est l’auteur s’arrache désormais à prix d’or.

DÉJÀ PLUS DE 800 000 EUROS DE MEUBLES

En 2011, sept pièces du boudoir de Mme Cavrois – un fauteuil, une coiffeuse, une travailleuse, deux appliques et une paire de chauffeuses - ont été adjugées chez Christie’s à Paris pour 591 000 euros. Elles trônent désormais fièrement dans leur écrin d’origine.

Même chose pour cet ensemble de dix chaises et de deux tables, acquis par le CMN en décembre 2015 chez Sotheby’s à New York pour 252 500 dollars, soit environ 232 500 euros.

Le 7 décembre, une nouvelle vente est annoncée à Paris, chez Drouot cette fois. La maison Ader met aux enchères seize pièces de mobilier de la villa Cavrois : une enfilade, une paire de fauteuils à oreilles, neuf chaises, une chaise de bureau, une lampe et une paire de valets. L’ensemble est estimé entre 110 000 et 170 000 €.

Le Centre des monuments nationaux va-t-il se porter acquéreur de ce mobilier ? « Je n’imagine pas que nous ne soyons pas présents à la vente ou représentés, répond Jocelyn Bouraly, l’administrateur de la villa Cavrois. Ce serait un plaisir de compléter le mobilier de la salle à manger des parents mais je ne sais pas encore de quel budget nous disposons. » Il reste un mois pour trouver l’argent.